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ÉmotionsFrançais

Le petit Lou et la pluie des yeux

Lou était le seul garçon du village dont les larmes faisaient de la musique. Quand il pleurait, ça faisait ting, ting, ting, comme de petites cuillères dans une tasse.

Ce matin-là, Lou voulait une chose : réparer le cerf-volant de sa sœur Mina. Le fil s'était cassé, et Mina pleurait sur le banc, la tête dans ses mains.

« Ne pleure pas, Mina, dit Lou. Je vais le réparer. »

Il essaya avec un nœud. Le nœud glissa. Il essaya avec de la colle. Le cerf-volant resta collé à ses doigts. Alors Lou sentit sa gorge se serrer, et ting, ting, ting, une larme tomba sur son soulier.

« Tu pleures aussi ? demanda Mina en levant le nez.

— Oui, dit Lou. Ça ne marche pas. »

Le facteur passait par là avec son sac. Il s'arrêta, renifla très fort et sortit un grand mouchoir à carreaux.

« Excusez-moi, dit-il. Je pleure toujours devant la boulangerie. Ça sent trop bon. »

Il n'était pas venu pour aider. Il avait juste une lettre à poser. Il posa la lettre, s'essuya les yeux et s'assit sur le banc, à côté d'eux.

Alors le grand-père de la boulangère sortit à son tour, avec une miche de pain. Il pleurait aussi, parce qu'il avait coupé un oignon. Puis la boulangère elle-même pleura de rire en les voyant tous.

Lou regarda le banc. Tout le monde pleurait, petits et grands. Ting, ting, ting, faisaient ses larmes. Plouf, plouf, faisaient celles du facteur. Les larmes de Mina, elles, faisaient pic, pic.

« Écoutez, dit Lou. On dirait une chanson. »

Il remarqua alors le fil de la lettre du facteur, long et solide, noué autour de l'enveloppe. Il le défit doucement et l'attacha au cerf-volant. Cette fois, le nœud tint bon.

Mina souffla sur ses joues pour les sécher. Le cerf-volant monta dans le ciel, tout droit, et sur le banc, les dernières larmes firent ting, ting, ting, pic, plouf, tout doucement.