Aller au contenu

Petites premières foisFrançais

Léa et le vélo rouge

Léa pédalait de toutes ses forces, les deux mains sur le guidon, et Papa courait derrière elle en tenant la selle.

Léa avait un vélo rouge avec une sonnette ronde. Elle voulait rouler toute seule jusqu'à la mare aux nénuphars, là où sa copine Mila l'attendait.

— Tu me lâches pas, hein, Papa ?

— Je te tiens, ma puce. Je te tiens.

Mais le vélo penchait à gauche, puis à droite, comme un canard sur la glace. Léa mettait un pied par terre, et le vélo s'arrêtait. Encore et encore.

— Pédale plus vite ! disait Papa.

Léa pédalait plus vite. Le vélo penchait quand même.

— Regarde droit devant ! disait Papa.

Léa regardait droit devant. Le vélo penchait encore.

Alors Léa s'arrêta et souffla fort. Elle regarda la mare, au bout du chemin. Sur un grand nénuphar, une grenouille verte la regardait aussi. Elle ne bougeait pas du tout. Elle était juste là, bien assise, pour attraper des mouches.

« Elle ne penche pas, elle, pensa Léa. Elle reste bien au milieu. »

Léa remonta sur son vélo. Cette fois, elle ne regarda pas ses pieds. Elle ne regarda pas Papa. Elle regarda la grenouille, tout droit, comme si c'était une petite lanterne.

— Pédale, pédale, pédale, murmura-t-elle.

Le vélo se redressa. Les roues roulaient, roulaient, et le chemin glissait sous elle comme un ruban.

— Papa ? appela Léa. Tu me tiens toujours ?

Pas de réponse. Léa tourna un peu la tête. Papa était loin derrière, les mains en l'air, tout essoufflé.

— Je te tiens plus ! cria-t-il. Tu roules toute seule !

Léa fit sonner la sonnette. Dring ! Dring ! La grenouille sursauta et plongea dans l'eau. Plouf !

Léa s'arrêta devant la mare, les joues rouges. Mila applaudissait. Le vélo ronronnait encore doucement, et sur l'eau, les ronds s'élargissaient, un par un, jusqu'à tout au bord.