Corps et sensFrançais
Le chapeau de l'épouvantail
Léa trouva une théière sur la tête de l'épouvantail, dans le potager. Elle fumait un peu, comme si on venait de la servir.
« Bonjour, Théière », dit Léa.
« Pfff », fit la théière. Un petit nuage sortit de son bec.
Léa était venue chercher une carotte pour le lapin de sa grand-mère. Mais le soir tombait, et elle devait aussi se brosser les dents avant de dormir. Elle voulait y aller toute seule, pour la première fois, jusqu'au bout.
Elle courut à la maison. La salle de bain était tout en haut de l'escalier, et l'escalier était long, très long. Léa monta dix marches. Elle s'arrêta. Elle monta dix autres marches. Elle bâilla.
« Je suis trop fatiguée, dit-elle. Je me brosserai les dents demain. »
Mais sa langue sentait le sucre du dessert. Ça collait, ça collait.
Alors Léa redescendit au jardin et dit à la théière : « Tu peux me prêter ton eau chaude ? »
« Pfff, non, fit la théière. C'est pour le thé de l'épouvantail. Il a toujours soif à cette heure-là. »
Léa réfléchit. Elle regarda l'escalier. Puis elle regarda sa brosse à dents, dans sa main.
« Je vais compter les marches à voix haute, dit-elle. Comme ça, je ne penserai plus à mes jambes. »
Elle monta en comptant. « Une, deux, trois… » Elle chanta même : « Haut, haut, un peu plus haut ! » À la quarantième marche, elle poussa la porte.
Elle mit le dentifrice sur sa brosse. Elle frotta en rond, devant, derrière, partout. Ça faisait « scrouitch, scrouitch » sur ses dents.
Elle cracha, rinça et sourit au miroir. Ses dents brillaient comme des petites lunes.
Dans son lit, Léa entendit, par la fenêtre ouverte, un petit « pfff » très doux qui venait du jardin. Sa langue était fraîche et lisse contre ses dents propres, et ses yeux se fermèrent.