Corps et sensFrançais
Léo et le gros pot
« Je suis maigre comme une brindille ! » dit Léo, en regardant ses bras dans le miroir du couloir.
Léo habite tout en haut d’une maison, avec une fenêtre pleine de pots de fleurs, des petits, des moyens, et un énorme tout au bord. Il voudrait des bras costauds, des bras qui portent, des bras comme les grosses branches du chêne, dehors. Alors un matin, il décide : il va devenir fort.
Il attrape le gros pot, celui du bout, pour le monter sur l’étagère du haut. Il tire, il pousse, il souffle. Le pot ne bouge pas d’un centimètre. Léo s’assoit par terre, les bras tout mous.
Il essaie autre chose. Il prend le plus petit pot, tout léger, et le pose sans peine sur l’étagère. C’est facile, trop facile. Ça ne fait rien travailler du tout.
Alors Léo a une idée. Il va porter un pot de plus, chaque jour. Aujourd’hui, le petit. Demain, un peu plus gros. « Un pot de plus, Léo ! » se dit-il, et il recommence.
Il y a un coin sombre, près du miroir, qu’il évite depuis le début. C’est là qu’il se voit maigre. Mais un soir, en portant son troisième pot, il passe devant sans détourner les yeux. Il se regarde. Ses bras tremblent un peu, mais ils tiennent le pot bien droit.
Un moineau a fait son nid dans le grand pot du bout. Chaque fois que Léo s’approche, l’oiseau s’envole en piaillant, fâché qu’on dérange sa maison de brindilles.
Le jour où Léo arrive enfin à soulever le gros pot tout entier, il le pose doucement sur l’étagère du haut. Clac. Ses bras tremblent de fatigue, mais il sourit. Le moineau, cette fois, ne s’envole pas. Il reste sur le bord du pot, la tête penchée, et regarde Léo reprendre son souffle dans la lumière du soir.